Plus qu’un simple forum pour l’emploi, le forum Cap vers l’emploi organisé à Liévin le mardi 2 avril dans le cadre de la semaine « les clés pour réussir » était l'occasion pour les habitants de Liévin, Lens et Loos-en-Gohelle de rencontrer des entreprises cherchant à recruter sur le secteur, mais aussi de découvrir l’offre de formation et d’accompagnement à destination des jeunes et des bénéficiaires du RSA proposée par le Département du Pas-de-Calais et ses partenaires, ainsi que l’un des projets incontournables en matière de qualité de vie, de patrimoine et d’emploi pour le territoire : l’Engagement pour le renouveau du Bassin minier (ERBM).
Un projet d’envergure et des emplois à la clé
Lancé en 2017, l’ERBM correspond à la volonté d'acteurs publics, parmi lesquels figure le Département du Pas-de-Calais, de mettre leurs moyens en communs pour rénover 23 000 logements des cités minières qui sont une part de notre patrimoine historique et culturel reconnu par l’Unesco.
Si l’objectif premier de la démarche est de sauvegarder un patrimoine unique au monde tout en permettant aux habitants des cités minières de réduire leurs factures d’énergie et de gagner en confort dans leur logement, ce chantier d’envergure sera, au même titre que celui du Canal Seine Nord-Europe, une chance pour l’emploi local. En mobilisant les clauses d’insertion et l’ensemble de ses partenaires, le Département a en effet réussi à faire en sorte que ce projet profite aux habitants de ces cités minières, mais aussi à tous ceux du secteur, dans la mesure où il permet aux entreprises locales de se positionner sur la rénovation de passoires thermiques et d’engager des habitants du Pas-de-Calais pour faire face à ce surcroît d’activité, dans un secteur qui cherchait déjà à recruter en masse avant même le lancement de ce projet.
Pour Karine Crépel, cheffe du service local allocation insertion de Lens-Liévin, le lancement de chaque chantier de rénovation est l’occasion d’organiser un événement consacré à l’emploi à proximité du secteur concerné : « Notre objectif, c’est que dès qu’un chantier démarre dans un quartier, il doit de notre point de vue profiter à un maximum de personnes vivant dans cette ville. Donc ce temps fort Cap vers l’emploi, qui s’inscrit également dans le cadre de la semaine « les clés pour réussir », correspond au lancement d’un chantier à Liévin, donc pour nous, c’est l’occasion de faire connaître à un maximum de monde les solutions d’accompagnement proposées par le Département et ses partenaires, mais aussi d’informer sur ce qu’est l’ERBM, de faire connaître les opportunités d’emploi que cela va générer, et d’inviter des entreprises qui recrutent avec des offres d’emploi à pourvoir dès à présent. »
Parmi les recruteurs présents, Laurence Bonomo et Martin Szczerba du groupe Morgan Services étaient effectivement à la recherche de la « perle rare » :
« Nous sommes une agence d’intérim généraliste, donc pour le bassin minier, nous avons des offres dans différents domaines, dans la logistique avec la plateforme multimodale Delta 3, dans les espaces verts ou dans l’industrie. Nous avons aussi des accords-cadres avec des grands groupes comme Bouygues ou Vinci pour de grands chantiers comme l’ERBM ou le Canal Seine-Nord Europe, car on aimerait aussi pouvoir se positionner sur le champ de l’insertion.
Ce qui est intéressant avec l’intérim, c’est qu’il s’agit d’un tremplin vers l’emploi durable, puisque l’on peut commencer par faire une journée dans une entreprise sans aucune qualification spécifique, et si ça se passe bien être rappelé pour des missions plus longues. Par exemple dans le cadre de l’ERBM, le curage des logements ne nécessite pas de diplôme spécifique, donc on peut essayer, et ensuite découvrir d’autres métiers. Et c’est d’autant plus intéressant pour des demandeurs d’emploi, qu’avec la convention signée dans le cadre du FASTT (Fonds d’action sociale du travail temporaire) avec le Département, nous disposons de plus de moyens pour lever les freins à l’emploi et permettre aux personnes de réaliser leur projet professionnel. Nous pouvons proposer des aides pour le logement, la mobilité, ou la garde d’enfant, etc. Nous pouvons aussi par exemple, pour les personnes que nous recrutons, quand elles souhaitent être positionnées sur de la logistique, financer leur CACES (certificat permettant la conduite d’engins de chantier ou de levage) pour leur permettre de devenir préparateurs de commandes et élargir le cercle des missions qui peuvent leur être proposées. Et quand quelqu’un travaille bien en intérim, en général les entreprises font en sorte en sorte de garder la personne, avec souvent à la clé un CDI. »
La loi pour le plein emploi : ça change quoi ?
Si l’on retient souvent de cette loi votée en 2023 le conditionnement du versement du RSA à 15 heures d’accompagnement mensuel pour faciliter le retour à l’emploi, son application, qui concerne également l’accès au marché du travail pour les personnes en situation de handicap, vient également rebattre les cartes en matière de coopération entre les acteurs publics de l’emploi, à l’image de ce que le territoire de Lens-Liévin a pu expérimenter dès l’adoption de la loi en 2023. Si son application vient bel et bien renforcer l’accompagnement des bénéficiaires du RSA, elle a également permis pour Karine Crépel de mettre en place de nouvelles méthodes de travail avec ses partenaires :
« Auparavant, chacun des acteurs de l’insertion et de l’emploi était incité à communiquer sur son champ de compétence, sur son offre de service, avec parfois peut-être le sentiment d’être en concurrence. Désormais, sur le territoire nous avons appris à travailler ensemble avec la tenue systématique de stand commun réunissant le Département, France Travail et la MEI*, de manière à pouvoir donner aux personnes une information globale sur l’ensemble de l’offre de service dont elles peuvent bénéficier. Ce qui fait que lorsque nous communiquons individuellement, nous mentionnons désormais systématiquement les services proposés par les partenaires. Et cette collaboration va même plus loin sur le territoire. Il y a par exemple pour le financement de nos actions plus de concertation, pour éviter par exemple que deux structures financent chacune de leur côté le même type d’action, et faire en sorte désormais d’aborder la question du financement sous l’angle de la complémentarité.
Pour l'organisation de forums, cela nous permet également d’être plus efficaces : on sait par exemple que France Travail sur le territoire est la structure qui a le plus de facilité à mobiliser des entreprises, alors que nous le Département, notre point fort et notre spécialité, c’est l’accompagnement et la préparation du public. Pour une action comme aujourd’hui qui s’inscrit dans le cadre de la semaine « les clés pour réussir », cela veut dire que le lundi nous avons rassemblé les 120 personnes que nous accompagnons qui sont positionnées sur l’une des différentes actions qui se dérouleront sur le territoire pour mettre toutes les chances de leur côté : on leur a présenté les métiers porteurs par le biais de saynètes pour dépasser les a priori propres à certains métiers, on leur a donné des conseils pour préparer leurs échanges avec les entreprises, mais nous leur avons indiqué comment se rendre sur le lieu des manifestations. Cette nouvelle manière de fonctionner permet donc pour les demandeurs d’emploi d’être rassurés et dans une dynamique qui facilitera leurs recherches d’emploi et leurs échanges avec des recruteurs, et donc augmenter leurs chances d’intégrer ou de réintégrer le marché du travail. »
*(Maison de l’emploi et de l’insertion qui remplace désormais la Mission locale, le Plan local pour l’insertion et l’emploi (PLIE), ainsi que la Maison de l’emploi).